Yan PEI-MING
Publié : 25 mai 2010 04:54
Yan Pei-Ming
Voici un artiste que j'apprécie bien. Il trainait encore aux Beaux-Arts de Dijon quand j'y étais et malgré qu'il soit devenu prof dans cet établissement depuis, il a su garder un grand talent.
A découvrir pour de vrai bien sûr. Ses tableaux sont de grands formats et ça jette...

Autoportrait rouge, 2007 - huile sur toile, 350 x 350 cm
Peintre de propagande sous le régime maoïste avant d’émigrer en France où il étudia à l’École des beaux-arts de Dijon, Ming réussit depuis maintenant vingt ans à se maintenir dans la position improbable d’un artiste qui, tout en s’étant parfaitement assimilé à la scène occidentale de l’art contemporain, est resté en même temps irréductible aux seules catégories de cette scène. Ancien peintre officiel, Ming proportionne ainsi, à l’intérieur du genre européen du portrait, ses tableaux aux dimensions de la peinture de propagande. On ne trouve en effet dans l’histoire de l’art occidental, tout au moins jusqu’à la période contemporaine, aucun exemple de portrait où le visage occupant tout l’espace d’une toile de très grand format est traité comme un paysage. Mais Ming s’exprime dans un idiome pictural ambivalent, susceptible d’une double lecture selon qu’on l’envisage du point de vue de sa culture d’origine (son code-source) ou de sa culture d’adoption (son code-cible). Ainsi la couche picturale tourmentée de ses tableaux par laquelle il rompt avec sa pratique de portraitiste officiel peut apparaître comme un stéréotype expressif au regard des audaces de la peinture moderne d’Occident (De Kooning, Baselitz).
"Quand je fais un visage, il est tout a fait autonome et ne représente pas un personnage précis. Je travaille sur l'anti-portrait."
Son geste participe pourtant d’une autre théâtralité que celui de l’expressionnisme, puisqu’il peut prétendre s’originer aux plus anciennes sources de l’esthétique chinoise. D’après Christian Besson, il faut l’interpréter comme une tentative pour refléter le souffle vital (le 'qì') conformément au premier principe pictural du Xiè Hè, peintre théoricien du Ve siècle. De même sa pratique obsessive de la série, son choix mortifiant de la monochromie, et toutes les contraintes horaires qu’il s’impose, si elles évoquent inéluctablement pour un Occidental les pratiques programmatiques de certains artistes conceptuels, peuvent s’interpréter à la lumière des préceptes de l’art de la guerre qui prescrivent aux combattants de partir d’une situation (le 'shì') puis d’essayer de composer avec elle. À l’instar de ces guerriers chinois qui, voulant conquérir une île, coulèrent en arrivant leur propre bateau pour être obligés de combattre sans fuir.

son atelier à Dijon
Voici un artiste que j'apprécie bien. Il trainait encore aux Beaux-Arts de Dijon quand j'y étais et malgré qu'il soit devenu prof dans cet établissement depuis, il a su garder un grand talent.
A découvrir pour de vrai bien sûr. Ses tableaux sont de grands formats et ça jette...

Autoportrait rouge, 2007 - huile sur toile, 350 x 350 cm
Peintre de propagande sous le régime maoïste avant d’émigrer en France où il étudia à l’École des beaux-arts de Dijon, Ming réussit depuis maintenant vingt ans à se maintenir dans la position improbable d’un artiste qui, tout en s’étant parfaitement assimilé à la scène occidentale de l’art contemporain, est resté en même temps irréductible aux seules catégories de cette scène. Ancien peintre officiel, Ming proportionne ainsi, à l’intérieur du genre européen du portrait, ses tableaux aux dimensions de la peinture de propagande. On ne trouve en effet dans l’histoire de l’art occidental, tout au moins jusqu’à la période contemporaine, aucun exemple de portrait où le visage occupant tout l’espace d’une toile de très grand format est traité comme un paysage. Mais Ming s’exprime dans un idiome pictural ambivalent, susceptible d’une double lecture selon qu’on l’envisage du point de vue de sa culture d’origine (son code-source) ou de sa culture d’adoption (son code-cible). Ainsi la couche picturale tourmentée de ses tableaux par laquelle il rompt avec sa pratique de portraitiste officiel peut apparaître comme un stéréotype expressif au regard des audaces de la peinture moderne d’Occident (De Kooning, Baselitz).
"Quand je fais un visage, il est tout a fait autonome et ne représente pas un personnage précis. Je travaille sur l'anti-portrait."
Son geste participe pourtant d’une autre théâtralité que celui de l’expressionnisme, puisqu’il peut prétendre s’originer aux plus anciennes sources de l’esthétique chinoise. D’après Christian Besson, il faut l’interpréter comme une tentative pour refléter le souffle vital (le 'qì') conformément au premier principe pictural du Xiè Hè, peintre théoricien du Ve siècle. De même sa pratique obsessive de la série, son choix mortifiant de la monochromie, et toutes les contraintes horaires qu’il s’impose, si elles évoquent inéluctablement pour un Occidental les pratiques programmatiques de certains artistes conceptuels, peuvent s’interpréter à la lumière des préceptes de l’art de la guerre qui prescrivent aux combattants de partir d’une situation (le 'shì') puis d’essayer de composer avec elle. À l’instar de ces guerriers chinois qui, voulant conquérir une île, coulèrent en arrivant leur propre bateau pour être obligés de combattre sans fuir.

son atelier à Dijon


















