Almadhi Jabir, jeune lycéen Mâconnais sans-papiers d’origine Marocaine, arrêté le 12 octobre en marge de la manif, mis en CRA puis assigné en résidence le 13, devait être initialement expulsé samedi dernier le 16. Devant de nombreuses protestations, la Préfecture a temporairement suspendu l’expulsion. Mais aujourd'hui, une fois arrivées les vacances, elle y procède ! La police est venue prendre Almadhi chez lui ce matin, il doit être expulsé au moment où nous rédigeons ces lignes.
Une telle action de la part de la Préfecture de Saône et Loire est inadmissible, tout comme est inadmissible la politique dont elle est la mise en œuvre, une politique de chasse à l’étranger et au sans-papiers pris comme boucs émissaires en même temps que bien d’autres.
Nous vous invitons ici, nous RESF de Mâcon et de Chalon-sur-Saône, au nom du RESF de Saône et Loire, à faire connaître votre refus et de cette expulsion et de cette politique :
* En appelant dès lundi matin la Préfecture de Saône et Loire au 03 85 21 81 00, ou alors Mme Magali Selles, Secrétaire Générale de La Préfecture, au 03 85 21 81 40 ;
* Ou encore en faxant à Mme Magali Selles, Secrétaire Générale de La Préfecture, au 03 85 21 81 04, ou à l’attention de Monsieur le Préfet de Saône et Loire au 03 85 39 17 16 ;
* Ou encore en écrivant :
- A monsieur le Préfet de Saône et Loire à courrier@saone-et-loire.pref.gouv.fr
- A Madame Magali Selles, déjà citée, à magali.selles@saone-et-loire.pref.gouv.fr
Non à la chasse à l’étranger et aux sans-papiers !
Non aux expulsions !
Chez nous, en Saône et Loire, plus aucune expulsion, plus jamais ça !
Dans la série "comment se faire un bout de carrière sur le dos d'un gamin de 18 ans", nous vous faisons quand même passer le présent témoignage sur le départ d'Almadhi il y a quelques heures.
François, RESF Chalon
Le hasard a voulu que je sois disponible quand Marc a été alerté de l'arrestation d'Almahdi. Je me suis rendue chez lui, la police l'avait embarqué sans attendre, il restait ses valises dans le salon : il fallait les lui porter et sa cousine et sa mère n'ont pas de véhicule. Malgré les fortes tensions inhérentes à la situation ("Roule plus vite, ils vont partir") et les frayeurs que me faisait sa mère, insuffisante respiratoire grave, qui inhalait ventoline et autre (l'oxygène était resté chez elle), Almahdi était calme, et courageux.
Enfermé dans une petite pièce (vide, les murs nus, et une puanteur épouvantable) dans laquelle nous ne pouvions aller le voir qu'une par une (des fois qu'on aurait fait un complot), il a pu voir sa mère, sa cousine, moi, puis encore sa mère. Il est parti menotté (mais pas nécessairement pour tout le trajet, m'a dit l'OPJ), dédramatisant pour sa mère.
L'OPJ, qui avait hâte de rentrer chez lui ("Je ne travaille pas ce week end, je ne suis venu que pour lui"), m'a apporté l'APRF, remarquant : "C'est le Préfet lui-même qui l'a signée." C'est donc un honneur qui est fait à ce jeune homme, qui contribue, mais le sait-il, à aider le Préfet à atteindre les objectifs fixés par la ministère, et qui aura peut-être une prime. La classe, on l'a ou on l'a pas, c'est ainsi. Et la classe, pour le ministère, répond à des critères chiffrés. On est de son temps !
Le chef du poste de police était assez relax, me disant qu'en trente ans, "les sentiments, on n'en a plus" (c'est sûr que ça doit aider à être relax), je me suis inquiétée pour sa famille, il m'a rassurée: pour sa famille, il en a.
Du coup, et faute de "sentiments" c'était pas bien chaleureux tout ça. Mehdi s'est montré courageux. Nous devrions réclamer une prime pour le Préfet (cette histoire de prime, finalement, ça rappelle les "chasseurs de prime", payés à la tête, justement, avec tout ce que ça signifie comme évolution dans le rapport au droit et à la vie en société).
François (de chalon) me demandait si on aurait pas pu mobiliser devant le poste de police : on aurait peut-être pu, je n'y ai même pas pensé, le nez collé à la vitre. Par ailleurs, la mère était dans un tel état, que tout ce qui aurait pu aggraver son cas n'était pas souhaitable. Mais on aurait été deux ou trois, ç'aurait été sympa : en vertu de cette question du "regard" qui modifie légèrement les choses, je peux espérer que ma présence aura permis plus de temps au garçon avec les siens, sa super cousine en particulier qui voulait lui faire "un bisou", je n'en sais rien, mais je sais qu'il y a eu des départs plus difficiles, dont des départs sans bagages.
florence




