Tadeusz KANTOR

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Tadeusz KANTOR

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TADEUSZ KANTOR

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un homme de théâtre
Né en 1915, décédé en 1990. Metteur en scène, réalisateur de happenings, peintre, scénographe, écrivain, théoricien de l'art, acteur de ses propres spectacles, professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie, Tadeusz Kantor mérite le nom d'artiste total. Son attitude artistique s'inspire du constructivisme et du dadaïsme, de la peinture informelle et du surréalisme. Tadeusz Kantor fait ses études à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie, avec le professeur Karol Frycz, éminent scénographe de l'entre-deux-guerres. Les premiers spectacles réalisés par le jeune Kantor (ORPHÉE de Jean Cocteau, BALLADYNA de Juliusz Slowacki et LE RETOUR D'ULYSSE de Stanislaw Wyspianski), sont mis en scène par le théâtre clandestin indépandant, fondé par l'artiste sous l'occupation nazie, et présentés dans des appartements privés de Cracovie.

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Wielopole, Wielopole, 1980

Après la guerre, Kantor commence un travail de scénographe, principalement pour le Teatr Stary de Cracovie. Il continuera de s'occuper de décors (surtout abstraits) jusqu'à la fin des années 60. En 1947, l'artiste se rend à Paris, et ce voyage lui donnera l'impulsion de formuler sa conception personnelle de la peinture. L'année suivante, Kantor fonde LE GROUPE DE CRACOVIE et participe à la Grande Exposition d'Art Moderne à Cracovie. Au moment où les autorités communistes se mettent à imposer le réalisme socialiste dans l'art, l'artiste se retire de la vie publique. Les tableaux qu'il réalise après 1949 ne seront exposés qu'en 1955, une année-charnière dans la vie de l'artiste.

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Qu'ils crèvent, les artistes, 1985

C'est en effet à cette date qu'à l'initiative de Kantor, un groupe d'artistes plasticiens, de critiques et de théoriciens de l'art, fonde à Cracovie le théâtre CRICOT 2, champ libre à la mise en pratique de ses idées artistiques. La première création de Cricot 2 fut LA PIEUVRE d'après Witkiewicz (1956). Le metteur en scène y met en relief la collision d'un texte sublime et d'un environnement vulgaire et banal, celui d'un café. LA PIEUVRE expose les éléments caractéristiques du style théâtral de Kantor: les acteurs se meuvent comme des fantoches, tandis que les techniques de construction des scènes remontent aux films muets.

Le spectacle suivant de Cricot 2, CIRQUE, d'après le drame d'un membre fondateur du groupe, le peintre Kazimierz Mikulski, présente une autre composante de l'art de Kantor: l'emballage. L'artiste utilise des sacs en plastique noir, dont il enveloppe les acteurs. L'emballage devait dérober les vraies formes des personnages et des objets, et les transformer en une substance homogénéisée. L'étape suivante fut le passage de l'emballage au "théâtre informel" (1960-62), théâtre automatique, régi par le hasard, par le mouvement de la matière. Le spectacle du "théâtre informel", LE PETIT MANOIR, d'après Witkiewicz (1961), ôte aux acteurs toute individualité, en les reléguant au rang d'objets.

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La machine de l'amour et de la mort, 1987

Le "théâtre informel" s'avère toutefois insatisfaisant pour son créateur : Kantor le trouve trop complexe, comportant de nombreux éléments superflus. L'idée du "théâtre informel" fut donc bientôt supplantée par celle du "théâtre zéro", dépourvu de toute action ou intrigue (1962-1964). L'illustration la plus fidèle des principes du "théâtre zéro" fut le spectacle LE FOU ET LA NONNE d'après Witkiewicz, mis en scène par Kantor en 1963.

Ses recherches dans le domaine de la pratique et de l'esthétique des actions scéniques mènent Kantor au-delà du théâtre dans son acception traditionnelle. En 1965, il réalise les premiers happenings en Pologne: CRICOTAGE et LA LIGNE DU PARTAGE. Deux ans après, ce sont les célèbres happenings LETTRE et HAPPENING MARITIME PANORAMIQUE. Kantor affirme que le happening est une continuation logique de ses recherches et de ses actions dans les domaines du théâtre et de la peinture.

"Jusqu'à présent, je prétendais subjuguer la scène, dorénavant je renonce à toute scène, c'est-à-dire à l'espace qui reste dans une relation définie avec les spectateurs. Dans ma recherche d'un espace nouveau, j'ai à ma disposition, en principe, toute la réalité de la vie." (Kantor cité par Jan Klossowicz, "Tadeusz Kantor").

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La Classe morte, 1975

Las du happening, Kantor se remet finalement à faire du théâtre. En 1972 il met en scène LES GRÂCES ET LES EPOUVANTAILS d'après Witkiewicz, spectacle qui assimile toutefois certains éléments du happening. Le spectacle LA CLASSE MORTE, mis en scène trois ans plus tard, marque le début d'un autre courant dans la création théâtrale de Kantor, désigné par lui-même comme "théâtre de la mort". C'est à ce courant qu'on rattache ses œuvres les plus importantes et les plus célèbres: WIELOPOLE, WIELOPOLE (1980), QU'ILS CRÈVENT, LES ARTISTES (1985), JE NE REVIENDRAI JAMAIS (1988) et AUJOURD'HUI, C'EST MON ANNIVERSAIRE (1991), ce dernier n'ayant été mis en scène qu'après la mort de l'auteur. Ces derniers spectacles ont une thématique qui se concentre sur les motifs de la mort, de l'écoulement du temps, de la mémoire et de l'Histoire qui y est pérennisée. Les spectacles du "théâtre de la mort" mettent en relief le principe de la "Réalité de la plus Basse Importance", présente dans toute l'œuvre de Kantor.

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Wielopole, Wielopole, 1980

"Ce principe – affirme-t-il – m'oblige à placer les choses le plus bas possible et à les présenter par le moyen de la matière la plus basse, misérable, désarmée, dénuée de dignité, voire abjecte." (Cité par Jan Klossowicz, Tadeusz Kantor).

"Dire de Tadeusz Kantor qu'il est l'un des plus éminents artistes polonais de la deuxième moitié du XXe siècle, c'est dire peu de chose. Pour l'art polonais, Kantor signifie ce que signifient Joseph Beuys pour l'art allemand ou encore Andy Warhol pour l'art américain. Auteur d'une vision nouvelle, tout à fait indépendante du théâtre, participant actif des révolutions de la néo-avant-garde, théoricien de l'art peu commun, innovateur solidement enraciné dans la tradition, peintre anti-pictural, happener–hérétique, concepteur ironique : voilà quelques-uns des multiples visages de cet 'artiste total'. Tadeusz Kantor fut en outre un animateur inlassable de la vie artistique dans la Pologne de l'après-guerre, il en fut l'une de principales forces motrices. Ce ne sont pas exclusivement ses œuvres qui décident de sa grandeur, mais lui-même, considéré dans sa totalité, tel un Gesamtkunstwerk spécifique, englobant son art, ses théories et sa vie." (Jaroslaw Suchan, commissaire de l'exposition "Tadeusz Kantor. L'impossible").

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Aujourd'hui, c'est mon anniversaire, 1991
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"La meilleure façon de ne pas avancer est de suivre une idée fixe." J. Prévert
annex99 peintures du Flo aux arts! etc

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Kantor et les arts visuels
Personnage de premier rang du milieu artistique de Cracovie, Kantor y eu une action remarquable d'entraînement et de rassemblement. Immédiatement après la Seconde Guerre Mondiale, l'artiste prit part à la fondation du GROUPE DES JEUNES ARTISTES PLASTICIENS ; plus tard, au temps du "dégel", il contribua à réactiver le GROUPE DE CRACOVIE (1957) fondé à l'époque de l'entre-deux-guerres. Kantor prit également l'initiative de créer la Galerie Krzysztofory, l'une des premières galeries a présenter l'art contemporain après la guerre. Il participa activement à l'organisation de LA PREMIERE EXPOSITION D'ART MODERNE (Cracovie 1948). Dans le milieu artistique, Kantor s'est imposé comme un personnage phare, et ce jusqu'au moment de sa mort, qui advint tout juste avant la création de son dernier spectacle, dont le titre s'avéra aussi symbolique que railleur: AUJOURD'HUI, C'EST MON ANNIVERSAIRE.

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Kantor fit ses études à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie dans les années 1934-1939, avec le professeur Karol Frycz, peintre et scénographe. Kantor allait donner lui-même des cours en cette même Académie, dans les années 1948–1949 et 1967–1969. Tout au long de sa vie, l'artiste chercha à conjuguer différentes activités : animateur de la vie artistique et théoricien de l'art, il en fut parallèlement praticien. Peintre (entre autres, partisan fervent du tachisme), il fut aussi l'un des premiers créateurs du happening en Pologne, et, avant tout, un homme de théâtre : auteur, metteur en scène, scénographe et acteur.

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le théâtre Cricot
Dès le temps de l'occupation allemande, Kantor avait créé clandestinement un théâtre expérimental, qui rassembla le milieu artistique de Cracovie. Après la guerre, l'artiste fonda le théâtre CRICOT 2, qui renouait avec l'idée du théâtre avant-gardiste des artistes plasticiens de CRICOT, réunis à l'époque de l'entre-deux-guerres par le peintre Jozef Jarema, membre du groupe COMITÉ PARISIEN. Kantor doit essentiellement sa célébrité à des réalisations théâtrales. Ses premiers spectacles, inspirés par les textes de Stanislaw Wyspianski et, surtout, de Stanislaw Ignacy Witkiewicz (notamment: LE FOU ET LA NONNE, 1963; LES GRÂCES ET LES ÉPAUVANTAILS, 1972), sont très appréciés; ils ont eu, par ailleurs, le mérite de familiariser le public avec la dramaturgie difficile de Witkacy. Ce sont cependant ses réalisations ultérieures qui lui valurent une renommée mondiale. Dénotant une influence de la prose de Bruno Schulz, les spectacles de Kantor doivent surtout leur climat insolite à l'évocation de la biographie de l'auteur, qui va puiser ses motifs dans les archives de sa mémoire. (Spectacles appartenant au courant que l'auteur désignait comme "théâtre de la mort": LA CLASSE MORTE, 1975; OÙ SONT LES NEIGES D'ANTAN?, 1979 ; WIELOPOLE, WIELOPOLE, 1980; QU'ILS, CRÈVENT LES ARTISTES, 1985; JE NE REVIENDRAI JAMAIS, 1988 ; AUJOURD'HUI, C'EST MON ANNIVERSAIRE, 1991). Qu'il s'inspirât d'une œuvre littéraire existante ou qu'il élaborât lui-même un scénario, Kantor créait toujours des spectacles intégraux d'auteur, dont il assumait totalement la responsabilité

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. L'artiste prit part lui-même à nombre de ses spectacles, au titre de "maître de cérémonie", veillant attentivement au déroulement de l'action pour intervenir en cas de besoin. Ce sont ces réalisations, intégralement fondées sur la réminiscence des souvenirs de l'auteur et le déploiement de son imaginaire, comportant de nombreuses évocations de l'histoire complexe de la Pologne multinationale et de son iconographie, qui donnèrent à Kantor une notoriété internationale : la renommée d'un parton de théâtre conjuguant une vision plastique de la forme et un sens affectif, intimement personnel. Nombre d'entre ses spectacles ont aujourd'hui leur place dans l'histoire de la dramaturgie mondiale.

Deux Centres du Théâtre Cricot 2 fonctionnent désormais, l'un à Cracovie et l'autre à Florence, ce dernier étant aussi le centre de documentation et de recherche sur l'œuvre de Kantor, dans tous les domaines, et sur sa réception.

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les arts plastiques
Au contraire de son activité théâtrale, les autres productions de Kantor, y compris son œuvre picturale, ont un accueil très divers. La vision de l'art qu'il professait prenait sa source dans la recherche de moyens d'expression artistique qui seraient à même de relever le défi du monde contemporain. En 1945, Kantor exprimait déjà la nécessité d'une telle recherche, en rédigeant avec Mieczyslaw Porebski le manifeste du "Réalisme renforcé", par lequel il voulait persuader les artistes de ne plus hésiter à prendre des risques au nom de la liberté créatrice, soulignant l'importance de l'expérimentation et la nécessité de l'indépendance de l'artiste face aux contraintes idéologiques et politiques. Kantor lui-même voulut mettre en œuvre ces principes à sa propre façon : avide de nouveautés, il assimilait tout procédé artistique qu'il considérait utile, pour ensuite le modifier, le transformer. Durant toute la période de domination du réalisme socialiste, Kantor se retira de la vie publique.

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Peintre, Kantor assuma pendant longtemps une fonction de "médium", transmettant les impulsions artistiques venant de l'Europe de l'Ouest (en 1947 l'artiste se rendit à Paris) ; en conséquence de quoi sa création n'eut peut-être pas un caractère entièrement original. Après la guerre, l'artiste entreprit de peindre des tableaux figuratifs, représentant des silhouettes schématisées, grotesques. La tonalité sombre des couleurs et la facture raboteuse renforçaient l'ambiance ténébreuse de ces toiles (KOMPOZYCJA / COMPOSITION, 1944-45). Vinrent ensuite des compositions métaphoriques d'un grand dynamisme, au coloris sobre et froid, dont la stylistique rappellaient les œuvres de Maria Jarema et de Jonasz Stern de la même période. (PONAD-RUCHY / LES SUR-MOUVEMENTS, 1948).

Dans la deuxième moitié des années 50, les toiles tachistes, peintes avec une touche frénétique, dominaient la production picturale de l'artiste. Le côté visuel de ces tableaux (vibrations des taches, des lignes et des couleurs), produit un charme spécifique ; ils font toutefois l'impression que l'auteur considérait la matière picturale comme "utilitaire", (OAHU, 1957), bien qu'il déclarât que la peinture constituait la "sécrétion" de son moi intérieur. La critique internationale, surtout française, apprécia l'originalité des toiles de Kantor qui, vers la fin des années cinquante, exposa plusieurs fois à l'étranger, entre autres à Paris.

La période suivante, dans la production picturale de Kantor, fut celle des assemblages et des emballages, des tableaux-reliefs composés d'objets usés, souvent abîmés (enveloppes, sacs, parapluies...) (MR. V PRADO – INFANTKA / L'INFANTE, 1965 ; EMBALLAGE, 1967). La figure humaine y réapparaît, déformée, montrée en raccourci, qui se cache derrière son parapluie dans un geste dynamique et symbolique d'autodéfense. (AMBALAZ - PRZEDMIOTY, POSTACIE / AMBALAGE – OBJETS, FIGURES, 1967). Objet particulièrement prisé par l'artiste, le parapluie cassé, inutile, spécimen de la "Réalité de la Plus Basse Importance", recouvre ainsi une valeur dans le monde de l'art. Les nombreux cycles picturaux créés par Kantor dans les années 70 et 80 demeurent en étroite corrélation avec son activité théâtrale. Par exemple, lors des préparatifs au spectacle LA CLASSE MORTE, dont la création eut lieu en 1975, l'artiste produisit une série de compositions du même titre. Au cours des années suivantes, Kantor se consacra principalement au théâtre, pour ne revenir à la peinture que vers la fin de sa vie. Ses compositions tardives présentent des figures humaines solitaires, en train d'effectuer un geste "scénique" singulier, tout comme dans l'art de la nouvelle figuration. D'un coloris froid, ces œuvres évoquent des expériences personnelles de l'auteur. (Cycle ENSUITE PLUS RIEN, 1987-88).

Kantor compte également à son actif nombre d'actions para-théâtrales, annonçant plusieurs phénomènes qui allaient contribuer au caractère interdisciplinaire de l'art des années soixante et soixante-dix, notamment les environnements ("anti-exposition" intitulée L'EXPOSITION POPULAIRE, organisée à la Galerie Krzysztofory de Cracovie en 1963), ainsi que de nombreux happenings (LIGNE DE PARTAGE, Galerie Krzysztofory, 1966; HAPPENING MARITIME PANORAMIQUE, PLEIN-AIR KOSZALINSKI À OSIEKI, 1967; LETTRE, Galerie Foksal à Varsovie, 1968; COURS D'ANATOMIE SELON REMBRANDT, Kunsthalle à Nuremberg, 1968, Galerie Foksal 1969). L'artiste n'a pas échappé à la fascination du conceptualisme (LA GRANDE CHAISE, projet dans le cadre du SYMPOSIUM WROCLAW 70).

Parmi les nombreux écrits consacrés à la vie et à l'œuvre de l'artiste, il convient de signaler l'ouvrage de Wieslaw Borowski intitulé "Tadeusz Kantor" (1982), "Deska" de Mieczyslaw Porebski (1997), "W cieniu krzesla", un recueil d'études de différents auteurs (1997), ainsi que les archives de la collaboration de l'artiste avec la Galerie Foksal à Varsovie (1999).

Malgorzata Kitowska-Lysiak
Instytut Historii Sztuki Katolickiego Uniwersytetu Lubelskiego
Katedra Teorii Sztuki i Historii Doktryn Artystycznych
2002
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Re: Tadeusz KANTOR

Message par Flo »

un site bien intéressant que voilà :
le Centre de Documentation de l'art de Tadeusz Kantor Cricoteka
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