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questions et infos sur les statuts des artistes plasticiens

Message par Flo » 08 mars 2008 16:02

Quels statuts pour les plasticiens ?

un nouveau topic pour diffuser les infos sur les débats, les discussions, les idées d'un statut mais aussi pour se poser la question essentielle : faut-il un statut pour les plasticiens ?
enfin bon... allez, première info reçue de la maison des artistes :

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de choses et d'autres

Message par Flo » 14 mars 2008 03:19

Pétition pour l'inauguration de la FIAC 2008 par le ministre de l'Economie

Bonjour, La FIAC a un caractère essentiellement mercantile:
- Les productions artistiques y sont limitées à de simples marchandises
- Le commerce de l'art oriente les productions artistiques
- La valeur des échanges financiers détermine le statut de l'art

Ainsi, nous considérons qu'il serait opportun de faire inaugurer la 35e édition de la FIAC (du 23 au 26 octobre 2008) par Madame Christine Lagarde, Ministre de l'Économie et des Finances.

Si vous êtes de cet avis : signez cette pétition et faites-la circuler par mail autant que possible autour de vous, y compris dans des secteurs extérieurs à la culture.

Envoyez "OUI", prénom + nom à l'adresse suivante: fiac2008@gmail.com
Toute réaction, même brève sera la bienvenue.


"Les 1959"

--------------------------------------
Quelques signataires de la Pétition :

Vincent Le Cordier (cinéaste)
Xavier Fort (conférencier, historien de l'art, Nozeroy)
Delphine Lavanant (actrice)
Antoine B (artiste plasticien)
« Blé Rouge » (association culturelle en Midi-Pyrénées)
Géraldine Lesueur (métiers de la scénographie)
Ivan Noguet (artiste plasticien)
Cédric Levé (artiste plasticien)
Dominique Roux (artiste plasticien, maison des artistes)
Bernard Lallemand (performer, chorégraphe)
Didier Estrozi (artiste plasticien)
Noël R (Marseille, Arts de la rue, noeller@gmail.com)
Joseph Lemaire (économiste)
Joëlle Nohet (économiste)
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Re: de choses et d'autres

Message par Flo » 14 mars 2008 03:28

Diversité artistique et culturelle en danger !

L'État a décidé de réduire le budget qu'il consacre à la culture. Les acteurs culturels commencent l'année 2008 dans la plus complète incertitude concernant leurs financements. Les plus touchées par ce désengagement de l'État sont les associations artistiques et culturelles, compagnies, salles de spectacles, lieux d'accompagnement des pratiques amateursŠ qui constituent le vivier de la création et de l'innovation, et sont par leur proximité les premières interlocutrices des populations.

Les baisses annoncées touchent au financement de la création et de la diffusion. Mais plus encore, à l'heure où l'éducation artistique et le droit à la culture pour tous sont affirmés comme prioritaires par le président de la République, ce sont les aides aux actions culturelles en zone rurale, dans les quartiers, les écoles, les hôpitaux, les prisonsŠ qui sont largement diminuées, voire annulées.

L'État, en se désengageant, démantèle le maillage artistique et culturel français, renforce les inégalités territoriales, lamine l'action de proximité et confine les populations à l'offre unique et globale des industries du divertissement.

L'État refuse de voir l'importance économique, sociale et symbolique des milliers d'équipes qui font la dynamique artistique et culturelle de notre pays. En faisant reposer les baisses de crédits sur des structures qui sont parmi les plus fragiles du champ culturel, et en centralisant ses moyens sur ses propres institutions, l'État met en danger la diversité artistique et culturelle en France.

Il n'y a pas de diversité artistique et culturelle sans diversité des initiatives sociales et économiques et sans reconnaissance réelle du droit culturel de tous les citoyens français.
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Re: du métier des arts

Message par Flo » 16 mai 2008 18:00

CHARTE DES RESPONSABILITÉS DE L’ARTISTE

Cette proposition découle de la CHARTE DES RESPONSABILITÉS DE L’ARTISTE AU SEIN DE NOTRE HUMANITÉ, préconisée par l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire, dont le but est celui d’inventer de nouvelles formes d’action collective, qui vont de l’échelle locale au niveau planétaire, ayant pour objectif d’influer ensemble sur l’avenir d’un monde de plus en plus complexe et interdépendant. Les artistes jouent un rôle fondamental dans cette réinvention du monde, qui est la raison même de cette Charte, où nous essayons de mettre en lumière notre fonction, ainsi que la façon dont nous entendons l’art, notre responsabilité, et les propositions d’actions.

Le rôle de l’artiste

“Le vrai devoir de l’artiste c’est celui de sauvegarder le rêve”, nous dit Modigliani. Et le rêve, dans un monde devenu marchandise, se rend lui-même mercantile. Rêve de consommation, d’un avoir en tant que synonyme de bonheur. Bien loin du rêve préconisé par Modigliani.

Rêve d’artiste, d’un art qui entraîne le dévoilement d’un monde et la création d’un autre, comme le souhaitait Octavio Paz. C’est bien dans ce monde de plus en plus disproportionné, rempli d’inégalités et dépourvu de charmes, que l’artiste se doit de relever le défi de son réenchantement. Ce qui veut dire tout mettre en œuvre afin de transformer la société par le truchement de l’art, en cherchant à faire marcher ensemble Don Quichotte et Sancho Pança : un rêve bien ancré sur le réel. L’art c’est le lieu par excellence de la subjectivité et de la création, en procurant la possibilité à tous ceux qui s’en approchent de changer leur vision du monde.

Serait-il possible de rêver d’un monde poétiquement habitable ? Un monde qui ne serait plus aride ? Un monde dégagé de la violence et des fondamentalismes, où les hommes s’entre-tuent ? Un monde qui ne se laisse pas faire par l’âpreté du gain, du profit, et où la liberté et la paix soient le patrimoine le plus prisé de la vie ? Un monde qui ne rende pas le prochain, ni soi-même, une “chose” ? Nous indiquons les chemins, mais nous n’avons pas de réponses toutes faites.

Nous savons que l’art fait partie intégrante de la société, en trouvant son cadre, finalement, dans l’éthique d’une vie reliée au paradigme-terre, au paradigme-rêve, au paradigme-émerveillement.

Peut-être, pourrions-nous nous acheminer vers cette direction afin d’essayer d’obtenir des réponses aux questions que nous venons de poser ci-dessus. Nous croyons, avec Marcel Duchamp, que l’art est “un moyen de libération, de sagesse, de contemplation et de connaissance”. Dans cette conception, l’art, en tant qu’expérience spirituelle de la condition humaine, est un langage essentiel de l’humanité, qui demeure inséparable de l’acte de vivre, de la liberté et de tout ce qui grandit par son intermédiaire. D’après l’artiste Bené Fonteles, l’un des membres du Réseau des Artistes en Alliance et du Mouvement ArtSolidaire, “l’art est un exercice intuitif visant une nouvelle façon d’apercevoir le monde, d’être et d’appartenir au monde”.

En résumé, la création artistique est vitale : pour la préservation de la mémoire ; pour le défi de l’invention ; pour la diversité et pour l’identité des peuples ; pour l’enracinement ethnique, social et culturel ; pour le dialogue interculturel ; pour l’enrichissement de l’imaginaire ; pour la construction de la subjectivité et de la qualité de l’être ; pour la promotion de l’éthique ; pour le rapprochement solidaire entre les personnes ; pour le rapprochement entre les personnes et la nature ; pour l’équilibre et pour l’intégrité spirituelle de la Planète ; et pour créer les conditions permettant le déclenchement d’un processus créatif au profit de la communauté des êtres vivants.

Considérant que l’art :

• c’est une façon universelle d’expression et de communication, qui préserve et encourage la diversité, ainsi que l’identité culturelle et spirituelle des sociétés, en renforçant le sens d’appartenance à l’humanité ;

• reste inséparable de l’acte de vivre, en se justifiant par son propre être, et n’étant ni au service d’une quelconque idéologie, ni l’outil ou instrument de qui que ce soit ;

• contribue à former des communautés d’émotion, en rassemblant les personnes par l’affect et par la solidarité ;

• est le produit de l’imagination créatrice qui entraîne la transformation du réel ;

• joue un rôle fondamental pour la réorganisation du tissus social, mis en déroute par la mercantilisation des rapports entre les humains, par l’individualisme et par la violence ;

• rend possible un vécu de création, en perçant un sentier vers le réenchantement du monde ;

• est un patrimoine de l’humanité et un champ d’intégration et de rapprochement entre les peuples ;

• est un langage privilégié pour la communication entre les jeunes, au moment même où ceux-ci manquent le plus de mythes fondateurs et de directives concernant leur quête dans le domaine professionnel et existentiel ;

• est susceptible d’être mis en œuvre avec plaisir, avec joie et avec humour, en procurant un vécu de création, le rêve et l’utopie ;

• peut encourager la capacité d’indignation devant les injustices sociales et par là inspirer le changement d’attitude concernant le rôle de la société civile ;

• rend accessible des sentiers vers la réinvention du monde.

L’artiste devrait prendre en charge :

• stimuler le dialogue avec tous les courants de pensée et de la création artistique, en faisant valoir les processus créatifs existants dans la société, et en essayant de déjouer l’emprise du marché, de tout pouvoir, des idéologies ou d’une quelconque discrimination à caractère culturel ;

• laisser ouverte son œuvre aux échanges, en rendant démocratique et en partageant l’acte de créer avec tout le monde ;

• établir des rapports avec les jeunes, en leur indiquant des chemins, ainsi que les défis à relever, dans la jouissance de la création artistique ;

• établir des rapports interculturels avec le public et avec l’ensemble de la société, en inspirant et en élargissant les processus créatifs en vue de la formation de la citoyenneté ;

• promouvoir la restitution au public des produits et des processus artistiques, en élargissant les occasions d’échange avec les gens par la diffusion et par la distribution de produits (livres, cd’s, etc.), ainsi qu’en stimulant l’inclusion des clauses visant cet objectif dans les offres d’appel, dans les lois d’encouragement de la culture et dans les actions culturelles ;

• renforcer les échanges et les occasions de dialogue interculturel, en tant que base de nouveaux paradigmes pour une humanité qui prenne en compte la paix,l’éthique et le réenchantement du monde ;

• donner sa contribution pour que les nouvelles technologies de l’information et de la communication puissent promouvoir la diversité culturelle et le contact des artistes avec le public ;

• contribuer à la démocratisation des médias et à l’élargissement des espaces de débat sur les moyens d’expression artistique, en redéfinissant le rôle de l’artiste et sa responsabilité en tant qu’expression culturelle vis-à-vis des supports de l’information ;

• contribuer à l’enseignement des arts dans le cadre de l’éducation aussi bien formelle qu’informelle ;

• participer et accompagner l’élaboration et la mise en place des politiques culturelles, soit individuellement, soit par l’ intermédiaire d’organisations professionnelles indépendantes ;

• stimuler la responsabilité sociale, culturelle et politique des pouvoirs publics et de l’initiative privée ;

• revendiquer et assurer le suivi de l’élargissement et de la distribution démocratique des budgets publics, ainsi que des droits garantis ou envisagés par les lois nationales et les accords internationaux, tels que le Pacte international des Nations Unies sur les Droits économiques, sociaux et culturels, la Convention sur la Diversité culturelle, la Rencontre sur la Protection du patrimoine artistique, organisée par l’UNESCO en octobre de 2005, et d’autres recommandations dans le domaine culturel ;

• protéger et propager le patrimoine matériel et immatériel de tous les peuples ;

• lutter pour le droit à un revenu digne, en cherchant à déclencher le débat sur la question des droits d’auteur ;

• protéger, contre l’appropriation indue de la part d’un tiers, les biens artistiques et culturels de tous les artistes, en particulier, de ceux qui appartiennent aux secteurs les plus vulnérables, tels que les descendants d’anciens esclaves, les indigènes et les maîtres, hommes et femmes, de la culture populaire ;

• stimuler la création d’associations et de coopératives,de lieux d’échanges et de réseaux, pour que les expériences de leurs membres puissent mieux être divulguées, et ceux-ci parviennent à intervenir sur la réalité culturelle où ils sont insérés ;

• lutter pour la préservation de l’environnement, en tant que condition essentielle pour une société soutenable, en se servant de matériaux qui préservent la nature ;

• occuper les rues et le quotidien, lieux par excellence de la vie communautaire, et non pas seulement les“temples” de la culture (centres culturels, bibliothèques, salles de théâtre et de cinéma, galeries, écoles, équipements publics) ;

• intégrer la conscience culturelle de l’Amérique latine par le truchement d’activités artistiques ;

• repenser les pratiques artistiques en prenant en compte le développement de la créativité à la lumière des valeurs éthiques et humanistes.

Propositions d’actions pour la diffusion de la Charte de Responsabilités de l’Artiste :

• faire usage du site du Réseau mondial des artistes pour la diffusion régulière des activités de ses membres, en articulant leurs actions ;

• promouvoir la présentation de cette Charte dans d’autres langages artistiques et supports de communication (théâtre, vidéo, radio, etc.) ;

• faire entrer les principes de la Charte des Responsabilités de l’artiste au sein de notre Humanité dans les politiques publiques ;

• créer des couloirs culturels en tant que territoires de responsabilité visant le développement du dialogue interculturel dans les villages, les régions et les pays de l’Amérique latine, par la diffusion de cette Charte dans ces lieux ;

• établir l’articulation entre foyers d’art et éducateurs engagés dans la discussion et la divulgation de cette Charte ;

• promouvoir des échanges intergénérations sur cette Charte ;

• promouvoir des ateliers de sociodrame, des enquêtes socio-culturelles, des pédagogies de l’écoute, du théâtre spontané, des conversations dans les lieux publics, du théâtre de l’opprimé et d’autres méthodologies pour travailler le contenu de cette Charte ;

• élaborer et socialiser une méthodologie qui fasse valoir les identités et les diversités locales, en stimulant les valeurs qui ont inspiré la Charte des Responsabilités de l’artiste au sein de notre Humanité, tels que :

• La Terre est notre seule et irremplaçable matrie.

• L’humanité dans toute sa diversité appartient au monde vivant et elle participe de son évolution.

• Nos destins sont inséparables et l’ampleur des crises de notre temps nous montre ce qui est en question aujourd’hui : le don de la vie en soi. La vie n’est pas créée par les êtres humains, ceux-ci appartenant à la vie.

• L’humanité et sa diversité ont la charge de préserver le droit à la vie.

• L’artiste peut contribuer à la préservation et au déploiement de la vie, ainsi qu’à la sauvegarde du rêve.

cette charte a été écrite par l’Alliance mondiale des Artistes avec la collaboration d’un institut d’éducateurs en arts qui conseille le gouvernement brésilien.
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Message par Flo » 20 janv. 2009 13:55

Guy-Ernest Debord / Gil J. Wolman
Mode d’emploi du détournement
Paru initialement dans LES LÈVRES NUES n°8 (mai 1956)


Tous les esprits un peu avertis de notre temps s’accordent sur cette évidence qu’il est devenu impossible à l’art de se soutenir comme activité supérieure, ou même comme activité de compensation à laquelle on puisse honorablement s’adonner. La cause de ce dépérissement est visiblement l’apparition de forces productives qui nécessitent d’autres rapports de production et une nouvelle pratique de la vie. Dans la phase de guerre civile où nous nous trouvons engagés, et en liaison étroite avec l’orientation que nous découvrirons pour certaines activités supérieures à venir, nous pouvons considérer que tous les moyens d’expression connus vont confluer dans un mouvement général de propagande qui doit embrasser tous les aspects, en perpétuelle interaction, de la réalité sociale.

Sur les formes et la nature même d’une propagande éducative, plusieurs opinions s’affrontent, généralement inspirées par les diverses politiques réformistes actuellement en vogue. Qu’il nous suffise de déclarer que, pour nous, sur le plan culturel comme sur le plan strictement politique, les prémisses de la révolution ne sont pas seulement mûres, elles ont commencé à pourrir. Non seulement le retour en arrière, mais la poursuite des objectifs culturels «actuels», parce qu’ils dépendent en réalité des formations idéologiques d’une société passée qui a prolongé son agonie jusqu’à ce jour, ne peuvent avoir d’efficacité que réactionnaire. L’innovation extrémiste a seule une justification historique.

Dans son ensemble, l’héritage littéraire et artistique de l’humanité doit être utilisé à des fins de propagande partisane. Il s’agit, bien entendu, de passer au-delà de toute idée de scandale. La négation de la conception bourgeoise du génie et de l’art ayant largement fait son temps, les moustaches de la Joconde ne présentent aucun caractère plus intéressant que la première version de cette peinture. Il faut maintenant suivre ce processus jusqu’à la négation de la négation. Bertold Brecht révélant, dans une interview accordée récemment à l’hebdomadaire «France-Observateur», qu’il opérait des coupures dans les classiques du théâtre pour en rendre la représentation plus heureusement éducative, est bien plus proche que Duchamp de la conséquence révolutionnaire que nous réclamons. Encore faut-il noter que, dans le cas de Brecht, ces utiles interventions sont tenues dans d’étroites limites par un respect malvenu de la culture, telle que la définit la classe dominante : ce même respect enseigné dans les écoles primaires de la bourgeoisie et dans les journaux des partis ouvriers, qui conduit les municipalités les plus rouges de la banlieue parisienne à réclamer toujours «le Cid» aux tournées du T.N.P., de préférence à «Mère Courage».

A vrai dire, il faut en finir avec toute notion de propriété personnelle en cette matière. Le surgissement d’autres nécessités rend caduques les réalisations «géniales» précédentes. Elles deviennent des obstacles, de redoutables habitudes. La question n’est pas de savoir si nous sommes ou non portés à les aimer. Nous devons passer outre.

Tous les éléments, pris n’importe où, peuvent faire l’objet de rapprochements nouveaux. Les découvertes de la poésie moderne sur la structure analogique de l’image démontrent qu’entre deux éléments, d’origines aussi étrangères qu’il est possible, un rapport s’établit toujours. S’en tenir au cadre d’un arrangement personnel des mots ne relève que de la convention. L’interférence de deux mondes sentimentaux, la mise en présence de deux expressions indépendantes, dépassent leurs éléments primitifs pour donner une organisation synthétique d’une efficacité supérieure. Tout peut servir.

Il va de soi que l’on peut non seulement corriger une oeuvre ou intéger divers fragments d’oeuvres périmées dans une nouvelle, mais encore changer le sens de ces fragments et truquer de toutes les manières que l’on jugera bonnes ce que les imbéciles s’obstinent à nommer des citations.

De tels procédés parodiques ont été souvent employés pour obtenir des effets comiques. Mais le comique met en scène une contradiction à un état donné, posé comme existant. En la circonstance, l’état de choses littéraire nous parraissant presque aussi étranger que l’âge du renne, la contradiction ne nous fait pas rire. Il faut donc concevoir un stade parodique-sérieux où l’accumulation d’éléments détournés, loin de vouloir susciter l’indignation ou le rire en se référant à la notion d’une oeuvre originale, mais marquant au contraire notre indifférence pour un original vidé de sens et oublié, s’emploierait à rendre un certain sublime.

On sait que Lautréamont s’est avancé si loin dans cette voie qu’il se trouve encore partiellement incompris par ses admirateurs les plus affichés. Malgré l’évidence du procédé appliqué dans «Poésies», particulièrement sur la base de la morale de Pascal et Vauvenargues, au langage théorique - dans lequel Lautréamont veut faire aboutir les raisonnements, par concentrations successives, à la seule maxime - on s’est étonné des révélations d’un nommé Viroux, voici trois ou quatre ans, qui empêchaient désormais les plus bornés de ne pas reconnaître dans «les Chants de Maldoror» un vaste détournement, de Buffon et d’ouvrages d’histoire naturelle entre autres. Que les prosateurs du «Figaro», comme ce Viroux lui-même, aient pu y voir une occasion de diminuer Lautréamont, et que d’autres aient cru devoir le défendre en faisant l’éloge de son insolence, voilà qui ne témoigne que de la débilité intellectuelle de vieillards des deux camps, en lutte courtoise. Un mot d’ordre comme «le Plagiat est nécessaire, le progrès l’implique» est encore aussi mal compris, et pour les mêmes raisons, que la phrase fameuse sur la poésie qui «doit être faite par tous».

L’oeuvre de Lautréamont - que son apparition extrêmement prématurée fait encore échapper en grande partie à une critique exacte - mis à part, les tendances au détournement que peut reconnaître une étude de l’expression contemporaine sont pour la plupart inconscientes ou occasionnelles; et, plus que dans la production esthétique finissante, c’est dans l’industrie publicitaire qu’il faudra en chercher les plus beaux exemples.

On peut d’abord définir deux catégories principales pour tous les éléments détournés, et sans discerner si leur mise en présence s’accompagne ou non de corrections introduites dans les originaux. Ce sont les détournements mineurs, et les détournements abusifs.

Le détournement mineur est le détournement d’un élément qui n’a pas d’importance propre et qui tire donc tout son sens de la mise en présence qu’on lui fait subir. Ainsi des coupures de presse, une phrase neutre, la photographie d’un sujet quelconque.

Le détournement abusif, dit aussi détournement de proposition prémonitoire, est au contraire celui dont un élément significatif en soi fait l’objet; élément qui tirera du nouveau rapprochement une portée différente. Un slogan de Saint-Just, une séquence d’Einsenstein par exemple.

Les oeuvres détournées d’une certaine envergure se trouveront donc le plus souvent constituéees par une ou plusieurs séries de détournements abusifs-mineurs.

Plusieurs lois sur l’emploi du détournement se peuvent dès à présent établir.

C’est l’élément détourné le plus lointain qui concourt le plus vivement à l’impression d’ensemble, et non les éléments qui déterminent directement la nature de cette impression. Ainsi dans une métagraphie relative à la guerre d’Espagne la phrase au sens le plus nettement révolutionnaire est cette réclame incomplète d’une marque de rouge à lèvres : «les jolies lèvres ont du rouge». Dans une autre métagraphie («Mort de J.H.») cent vingt-cinq petites annonces sur la vente de débits de boissons traduisent un suicide plus visiblement que les articles de journaux qui le relatent.

Les déformations introduites dans les éléments détournés doivent tendre à se simplifier à l’extrême, la principale force d’un détournement étant fonction directe de sa reconnaissance, consciente ou trouble, par la mémoire. C’est bien connu. Notons seulement que si cette utilisation de la mémoire implique un choix du public préalable à l’usage du détournement, ceci n’est qu’un cas particulier d’une loi générale qui régit aussi bien le détournement que tout autre mode d’action sur le monde. L’idée d’expression dans l’absolu est morte, et il ne survit momentanément qu’une singerie de cette pratique, tant que nos autres ennemis survivent.

Le détournement est d’autant moins opérant qu’il s’approche d’une réplique rationnelle. C’est le cas d’un assez grand nombre de maximes retouchées par Lautréamont. Plus le caractère rationnel de la réplique est apparent, plus elle se confond avec le banal esprit de répartie, pour lequel il s’agit également de faire servir les paroles de l’adversaire contre lui. Ceci n’est naturellement pas limité au langage parlé. C’est dans cet ordre d’idées que nous eûmes à débattre le projet de quelques-uns de nos camarades visant à détourner une affiche antisoviétique de l’organisation fasciste «Paix et Liberté» - qui proclamait, avec vues de drapeaux occidentaux emmêlés, «l’union fait la force» - en y ajoutant la phrase «et les coalitions font la guerre».

Le détournement par simple retournement est toujours le plus immédiat et le moins efficace. Ce qui ne signifie pas qu’il ne puisse avoir un aspect progressif. Par exemple cette appellation pour une statue et un homme : «le Tigre dit Clemenceau». De même la messe noire oppose à la construction d’une ambiance qui se fonde sur une métaphysique donnée, une construction d’ambiance dans le même cadre, en renversant les valeurs, conservées, de cette métaphysique.

Des quatre lois qui viennent d’être énoncées, la première est essentielle et s’applique universellement. Les trois autres ne valent pratiquement que pour des éléments abusifs détournés.

Les premières conséquences apparentes d’une génération du détournement, outre les pouvoirs intrinsèques de propagande qu’il détient, seront la réappropriation d’une foule de mauvais livres; la participation massive d’écrivains ignorés; la différenciation toujours plus poussée des phrases ou des oeuvres plastiques qui se trouveront être à la mode; et surtout une facilité de la production dépassant de très loin, par la quantité, la variété et la qualité, l’écriture automatique d’ennuyeuse mémoire.

Non seulement le détournement conduit à la découverte de nouveaux aspects du talent, mais encore, se heurtant de front à toutes les conventions mondaines et juridiques, il ne peut manquer d’apparaître un puissant instrument culturel au service d’une lutte de classes bien comprise. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie avec laquelle on bat en brêche toutes les murailles de Chine de l’intelligence. Voici un réel moyen d’enseignement artistique prolétarien, la première ébauche d’un communisme littéraire.

Les propositions et les réalisations sur le terrain du détournement se multiplient à volonté. Limitons nous pour le moment à montrer quelques possibilités concrètes à partir des divers secteurs actuels de la communication, étant bien entendu que ces divisions n’ont de valeur qu’en fonction des techniques d’aujourd’hui, et tendent toutes à disparaître au profit de synthèses supérieures, avec les progrès de ces techniques.

Outre les diverses utilisations immédiates des phrases détournées dans les affiches, le disque ou l’émission radiophonique, les deux principales applications de la prose détournée sont l’écriture métagraphique et, dans une moindre mesure, le cadre romanesque habilement perverti.

Le détournement d’une oeuvre romanesque complète est une entreprise d’un assez mince avenir, mais qui pourrait se révéler opérante dans la phase de transition. Un tel détournement gagne à s’accompagner d’illustrations en rapports non-explicites avec le texte. Malgré les difficultés que nous ne nous dissimulons pas, nous croyons qu’il est possible de parvenir à un instructif détournement psychogéographique du «Consuelo» de George Sand, qui pourrait être relancé, ainsi maquillé, sur le marché littéraire, dissimulé sous un titre anodin comme «Grande Banlieue», ou lui-même détourné comme «La Patrouille Perdue» (il serait bon de réinvestir de la sorte beaucoup de titres de films dont on ne peut plus rien tirer d’autre, faute de s’être emparé des vieilles copies avant leur destruction, ou de celles qui continuent d’abrutir la jeunesse dans les cinémathèques).

L’écriture métagraphique, aussi arriéré que soit par ailleurs le cadre plastique où elle se situe matériellement, présente un plus riche débouché à la prose détournée, comme aux autres objets ou images qui conviennent. On peut en juger par le projet, datant de 1951 et abandonné faute de moyens financiers suffisants, qui envisageait l’arrangement d’un billard électrique de telle sorte que les jeux de ses lumières et le parcours plus ou moins prévisible de ses billes servissent à une interprétation métagraphique-spaciale qui s’intitulerait «des sensations thermiques et des désirs des gens qui passent devant les grilles du musée de Cluny, une heure environ après le coucher du soleil en novembre». Depuis, bien sûr, nous savons qu’un travail situationniste-analytique ne peut progresser scientifiquement par de telles voies. Les moyens cependant restent bons pour des buts moins ambitieux.

C’est évidemment dans le cadre cinématographique que le détournement peut atteindre à sa plus grande efficacité, et sans doute, pour ceux que la chose préoccupe, à sa plus grande beauté.

Les pouvoirs du cinéma sont si étendus, et l’absence de coordination de ces pouvoirs si flagrante, que presque tous les films qui dépassent la misérable moyenne peuvent alimenter des polémiques infinies entre divers spectateurs ou critiques professionnels. Ajoutons que seul le conformisme de ces gens les empêche de trouver des charmes aussi prenants et des défauts aussi criants dans les films de dernière catégorie. Pour dissiper un peu cette risible confusion des valeurs, disons que «Naissance d’une Nation», de Griffith, est un des films les plus importants de l’histoire du cinéma par la masse des apports nouveaux qu’il représente. D’autre part, c’est un film raciste : il ne mérite donc absolument pas d’être projeté sous sa forme actuelle. Mais son interdiction pure et simple pourrait passer pour regrettable dans le domaine, secondaire mais susceptible d’un meilleur usage, du cinéma. Il vaut bien mieux le détourner dans son ensemble, sans même qu’il soit besoin de toucher au montage, à l’aide d’une bande sonore qui en ferait une puissante dénonciation des horreurs de la guerre impérialiste et des activités du Ku-Klux-Klan qui, comme on sait, se poursuivent à l’heure actuelle aux Etats-Unis.

Un tel détournement, bien modéré, n’est somme toute que l’équivalent moral des restaurations des peintures anciennes dans les musées. Mais la plupart des films ne méritent que d’être démembrés pour composer d’autres oeuvres. Evidemment, cette reconversion de séquences préexistantes n’ira pas sans le concours d’autres éléments : musicaux ou picturaux, aussi bien qu’historiques. Alors que jusqu’à présent tout truquage de l’histoire, au cinéma, s’aligne plus ou moins sur le type de bouffonnerie des reconstitutions de Guitry, on peut faire dire à Robespierre, avant son exécution : «malgré tant d’épreuves, mon expérience et la grandeur de ma tâche me font juger que tout est bien». Si la tragédie grecque, opportunément rajeunie, nous sert en cette occasion à exalter Robespierre, que l’on imagine en retour une séquence du genre néo-réaliste, devant le zinc, par exemple, d’un bar de routiers - un des camionneurs disant sérieusement à un autre : «la morale était dans les livres des philosophes, nous l’avons mise dans le gouvernement des nations». On voit ce que cette rencontre ajoute en rayonnement à la pensée de Maximilien, à celle d’une dictature du prolétariat.

La lumière du détournement se propage en ligne droite. Dans la mesure où la nouvelle architecture semble devoir commencer par un stade expérimental baroque, le complexe architectural - que nous concevons comme la construction d’un milieu ambiant dynamique en liaison avec des styles de comportement - utilisera vraisemblablement le détournement des formes architecturales connues, et en tout cas tirera parti, plastiquement et émotionnellement, de toutes sortes d’objets détournés : des grues ou des échafaudages métalliques savamment disposés prenant avantageusement la relève d’une tradition sculpturale défunte. Ceci n’est choquant que pour les pires fanatiques du jardin à la française. On se souvient que, sur ses vieux jours, d’Annunzio, cette pourriture fascisante, possédait dans son parc la proue d’un torpilleur. Ses motifs patriotiques ignorés, ce monument ne peut qu’apparaître plaisant.

En étendant le détournement jusqu’aux réalisations de l’urbanisme, il ne serait sans doute indifférent à personne que l’on reconstituât minutieusement dans une ville tout un quartier d’une autre. L’existence, qui ne sera jamais trop déroutante, s’en verrait réellement embellie.

Les titres mêmes, comme on l’a déjà vu, sont un élément radical du détournement. Ce fait découle de deux constatations générales qui sont, d’une part, que tous les titres sont interchangeables, et d’autre part qu’ils ont une importance déterminante dans plusieurs disciplines. Tous les romans policiers de la «série noire» se ressemblent intensément, et le seul effort de renouvellement portant sur le titre suffit à leur conserver un public considérable. Dans la musique, un titre exerce toujours une grande influence, et rien ne justifie vraiment son choix. Il ne serait donc pas mauvais d’apporter une ultime correction au titre de la «Symphonie héroïque» en en faisant, par exemple, une «Symphonie Lénine».

Le titre contribue fortement à détourner l’oeuvre, mais une réaction de l’oeuvre sur le titre est inévitable. De sorte que l’on peut faire un usage étendu de titres précis empruntés à des publications scientifiques («Biologie littorale des mers tempérées») ou militaires («Combats de nuit des petites unités d’infanterie») ; et même de beaucoup de phrases relevées dans les illustrés enfantins («De merveilleux paysages s’offrent à la vue des navigateurs»).

Pour finir, il nous faut citer brièvement quelques aspects de ce que nous nommerons l’ultra-détournement, c’est-à-dire les tendances du détournement à s’appliquer dans la vie sociale quotidienne. Les gestes et les mots peuvent être chargés d’autres sens, et l’ont été constamment à travers l’histoire, pour des raisons pratiques. Les sociétés secrètes de l’ancienne Chine disposaient d’un grand raffinement de signes de reconnaissance, englobant la plupart des attitudes mondaines (manière de disposer des tasses ; de boire ; citations de poèmes arrêtées à des moments convenus). Le besoin d’une langue secrète, de mots de passe, est inséparable d’une tendance au jeu. L’idée-limite est que n’importe quel signe, n’importe quel vocable, est susceptible d’être converti en autre chose, voire en son contraire. Les insurgés royalistes de la Vendée, parce qu’affublés de l’immonde effigie du coeur de Jésus, s’appelaient l’Armée Rouge. Dans le domaine pourtant limité de la politique, cette expression a été complètement détournée en un siècle.

Outre le langage, il est possible de détourner par la même méthode le vêtement, avec toute l’importance affective qu’il recèle. Là aussi, nous trouvons la notion de déguisement en liaison étroite avec le jeu. Enfin, quand on en arrive à construire des situations, but final de toute notre activité, il sera loisible à tout un chacun de détourner des situations entières en en changeant délibérément telle ou telle condition déterminante.

Les procédés que nous avons sommairement traités ici ne sont pas présentés comme une intention qui nous serait propre, mais au contraire comme une pratique assez communément répandue que nous nous proposons de systématiser.

La théorie du détournement par elle-même ne nous intéresse guère. Mais nous la trouvons liée à presque tous les aspects constructifs de la période de transition présituationniste. Son enrichissement, par la pratique, apparaît donc comme nécessaire.

Nous remettons à plus tard le développement de ces thèses.


Guy-Ernest Debord et Gil J. Wolman


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Re: Mode d’emploi du détournement par Debord & Wolman

Message par ludo » 20 janv. 2009 20:12

vivement la grève générale
c'est quand, au fait ?
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Re: Mode d’emploi du détournement par Debord & Wolman

Message par Flo » 21 janv. 2009 02:15

euhhh...

mince ! j'ai oublié ! :wink:
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droit des artistes

Message par Flo » 15 juin 2009 00:03

le 1er juillet 2008, une table ronde intitulée "Tuer les artistes pour relancer le marché de l’art" a eu lieu à Paris.
Le compte rendu est assez intéressant et je vous engage à lire les courriers qui suivent.

c'est ici qu'il faut cliquer
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Re: du métier des arts

Message par Flo » 19 avr. 2010 02:54

144 questions-réponses sur l'activité des artistes-plasticiens

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document très complet gratuit et téléchargeable sur le site de la CNAP
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Re: du métier des arts

Message par Flo » 19 avr. 2010 03:30

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